L'immonde
Texte écrit par Éléazar:
“Un petit dessin vaut mieux qu’un long discours. Et un petit illustrateur vaut mieux qu’un éditorialiste et de solides arguments. Donc Le Monde, page 2, dans son édition du 26 Juillet, avec l’immonde dessin de Sergueï qui réactive et s’appuie sur le schéma le plus primaire, le plus insidieux et le plus brutal de l’antisémitisme : PEUPLE JUIF = PEUPLE DEICIDE.
Schéma qui a soulevé pendant des siècles la haine fiévreuse et meurtrière des juifs ; schéma que l’Église Catholique a pourtant renvoyé à son inanité. Sergueï n’hésite pas à servir tout chaud ce cliché pour faire office de commentaire à ce qui se passe au Liban et expliciter la nature de l’intervention israélienne.
Une botte militaire toute dégoulinante de sang et dont les lacets dessinent l’étoile de David, se prépare à écraser dans une mare de sang un crucifié dont la croix est le cèdre du Liban avec deux acolytes de part et d’autre pour combler cette nouvelle image d’une nouvelle crucifixion !
Encore une fois les équations antisémites tournent à plein régime : Israël = les juifs = les assassins historiques et recommencés d’une pure victime innocente qu’ils crucifient.
Qui ne voit dans ce schéma une pure et simple incitation à la haine raciale ?
Qui ne voit dans cette caricature qu’on passe d’une critique politique (légitime comme celle de Plantu en première page) à une dénonciation théologique / ethnique ?
Qui ne retrouverait pas dans ce dessin de Sergueï la bonne odeur du juif coupable du plus grand crime : le Liban c’est le Christ torturé, crucifié et mis à mort par les juifs.
Non pas par les « Israéliens », mais réellement crucifié par les juifs et par simple duplication de ce qu’ils « ont déjà fait au Christ » ?
Tout ça – au cas ou ça resterait trop subliminal ou trop subtil pour les lecteurs du Monde est appuyé par un titre proprement monumental : MÉMOIRE DU SACRIFICE.
N’hésitez pas Monsieur Sergueï, cognez franchement, sortez les massues symboliques et le gourdin des images d’Épinal : le Liban est sacrifié comme le Christ. Et les auteurs de ce sacrifice - dont nous garderons la mémoire - ce sont encore les Juifs!
Et dans ce tête-à -tête entre victime innocente et coupable absolu, nulle présence (dans le rôle des Romains) du Hezbollah, nulle allusion à la Syrie ou à l’Iran puisque dans la scène du sacrifice un seul coupable diabolique, un seul responsable, le même que des siècles et des siècles de pogroms, d’inquisition et de « concentration » ont tenté d’exterminer après l’avoir stigmatisé : les Juifs.
Dans ces conditions j’accuse Sergueï et le Monde d’incitation à la haine raciale.
Les juifs (et non pas seulement les Israéliens) sont désignés à la vindicte générale puisqu’ils ne parviennent pas à échapper à l’histoire falsifiée qu’on leur a imposé et que ces mêmes juifs (pas seulement les Israéliens) sont pris dans une compulsion de répétition assassine et fatale.
Ainsi le coupable ce n’est pas Israël et ses actions violentes et disproportionnées qui relèvent de la riposte contre un état libanais (mal assuré dans sa légitimité), c’est le Peuple Juif.
Sergueï dessinateur antisémite, simplement et lourdement antisémite -non pas antisioniste- devrait tomber sous le coup de la loi.
“



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