Le débat stratégique divise la Maison-Blanche et l'armée
Le débat stratégique divise la Maison-Blanche et l'armée
Par Laure Mandeville / lefigaro.fr
23/06/2010
Les mauvaises nouvelles venues du front, ces derniers jours, ont ravivé le conflit qui oppose les partisans de la «contre-insurrection» aux avocats de «contre-terrorisme».
L'affaire McChrystal met en évidence le débat qui n'en finit pas de diviser la direction américaine sur l'Afghanistan. Après avoir battu son plein à l'automne 2009, pendant la mise à plat stratégique menée par l'équipe de Barack Obama, il a rebondi ces derniers jours, à mesure que les mauvaises nouvelles parvenaient du front afghan. Ce débat oppose deux approches. D'un côté, les partisans de la «contre-insurrection», de l'autre ceux qui préconisent le «contre-terrorisme».
Depuis le succès de l'opération irakienne, les avocats de la contre-insurrection ont le vent en poupe au Pentagone. Regroupés derrière le secrétaire à la Défense, Robert Gates, le chef d'état-major, Michael McMullen, et le général David Petraeus, ils préconisent une stratégie ambitieuse dont le but n'est pas de tuer les «méchants» mais de sécuriser les populations en leur apportant la sécurité, avec la reconstruction économique et politique. L'idée centrale de cette stratégie largement inspirée de la «contre-insurrection» française en Algérie est qu'il est indispensable de «gagner la bataille des cœurs» pour isoler les insurgés talibans. Elle suppose un investissement massif en hommes et en moyens civils; mais aussi une persévérance dans le temps. La secrétaire d'État Hillary Clinton a défendu bec et ongles ce camp-là, apportant son soutien à McChrystal. L'autre camp, emmené par le vice-président Joe Biden, l'ambassadeur américain à Kaboul, Eikenberry, et le chef de l'Administration présidentielle, Rahm Emanuel, affirme que la contre-insurrection est en train de piéger l'Amérique dans une guerre sans fin. Pour Biden, cette stratégie est condamnée parce que l'ingrédient central de son succès - un gouvernement local fiable sur lequel s'appuyer pour la reconstruction civile - fait défaut. Le vice-président préconise donc de retirer progressivement le contingent américain et de garder sur place une force réduite capable de mener des opérations contre-terroristes à l'aide de drones et de forces spéciales contre les bases d'al-Qaida en Afghanistan et au Pakistan. Bien sûr, McChrystal n'a jamais exclu cet aspect-là de la guerre afghane, mais il a toujours affirmé qu'il ne pourrait suffire. Un retrait américain précipité entraînerait un retour en force des talibans et d'al-Qaida à Kaboul, avertissent les militaires.
Le président avait tenté de réconcilier les approches en acceptant le principe de la contre-insurrection mais en la limitant dans le temps. Pour lui, annoncer la date de l'été 2011 pour le début d'un retrait était une manière de mettre la pression sur ses militaires ainsi que sur une armée afghane censée prendre peu à peu le relais. Mais ce compromis n'a fait qu'attiser les craintes d'un départ précipité.


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