11 · 09

L'armée allemande prédit le pire une fois le pic pétrolier atteint


La rareté de l'or noir aura des conséquences majeures sur l'économie et la diplomatie de la première puissance européenne

Le " peak oil " (pic pétrolier), ce moment où la production de pétrole va commencer à diminuer, aura des conséquences considérables sur l'économie et la politique extérieure allemande. Telles sont du moins les conclusions d'un rapport émanant du département d'analyse stratégique de l'armée allemande, récemment dévoilé par le site Spiegelonline. Une révélation que ni l'armée ni le gouvernement n'ont souhaité commenter.

Ce rapport d'environ 90 pages n'est apparemment que la première partie d'une réflexion sur " les dimensions environnementales de la sécurité ". Il rappelle que la date à laquelle interviendra ce fameux " peak oil " continue de diviser les experts, qui sont, pour la plupart d'entre eux, juges et parties. Néanmoins, alors que la date de 2030 est souvent admise, le rapport estime qu'" il est probable que le "peak oil" intervienne autour de 2010 et que ses effets sur la sécurité se fassent sentir entre quinze et trente ans plus tard ". Tandis qu'Angela Merkel doit présenter, le 28 septembre, sa stratégie en matière énergétique pour l'horizon 2050, le rapport souligne que la raréfaction de pétrole " entraînera de grands risques systémiques pour l'Allemagne vu son implication dans la mondialisation, et ce quelles que soient les politiques énergétiques suivies ".

Contrairement aux crises liées dans le passé aux matières premières qui se sont traduites par des tensions régionales, le peak oil pourrait provoquer des tensions mondiales. En raison du rôle que le pétrole joue dans l'économie, notamment la chimie, sa rareté touchera l'ensemble des économies.

Réactions en chaîne

A partir de ce constat, les auteurs, dirigés par un lieutenant-colonel, passent en revue les réactions en chaîne qui risquent de se produire. A les lire, le pire est possible : les Etats producteurs de pétrole vont voir leur pouvoir accru ; l'importance prise par le marché va diminuer au profit de relations commerciales entre les Etats ; des pays qui ne se seraient pas préparés à l'avance pourraient faire faillite et, dans certains cas, la démocratie pourrait être en danger.

Dans ce cas de figure, l'Allemagne doit revoir sa politique extérieure. Comme les autres pays importateurs, celle-ci sera conditionnée par l'accès aux matières premières, notamment le fameux pétrole. Alors que ses deuxième et troisième fournisseurs, la Grande-Bretagne et la Norvège, vont rapidement voir leurs ressources pétrolières diminuer, Berlin n'aura d'autre possibilité que de se tourner encore davantage vers son premier fournisseur : Moscou. Entre la défense d'intérêts européens et la préservation des intérêts purement allemands, l'Allemagne va avoir une partie subtile à jouer. Le rapport recommande par ailleurs que les forces de sécurité européennes portent davantage intérêt à la protection de zones stratégiques comme le Maghreb où doit être lancé un immense projet international de captage d'énergie solaire.

Au Proche-Orient aussi, prévient le rapport, un rééquilibrage des relations avec les pays producteurs de pétrole comme l'Arabie saoudite et l'Iran pourrait se traduire par des tensions avec Israël.

Frédéric Lemaître

25 · 08

Pourquoi l'Iran multiplie les annonces belliqueuses

L’express 23/08/2010

 

Une centrale nucléaire, un drone "bombardier", un test de missile, deux vedettes rapides et quatre sous-marins de poche... Que cache la pluie d'annonces iraniennes?

 

Une pluie d'annonces

 

Les communicants de Téhéran ne s'arrêtent plus. Depuis début août, c'est une pluie d'annonces qu'ils distribuent. D'abord, la marine iranienne a pris livraison de quatre nouveaux sous-marins de poche   susceptibles d'être utilisés dans le Golfe. Puis la mise en route de la centrale nucléaire de Bouchehr   a été annoncée et concrétisée, sous les auspices de Moscou, ce samedi. Peu avant, Téhéran diffusait les images d'untest de missile sol-sol Qiam d'une portée de 1500 kilomètres et qui, selon les médias, a des "aspects techniques nouveaux et une capacité tactique unique". 

 

Et ce n'est pas fini. Ce dimanche 22 août, Mahmoud Ahmadinejad a présenté avec fierté un drone "bombardier"   d'une portée de 1000 km et construit par l'Iran. Dénommé "Karrar" (assaillant, en persan), ce drone est "un messager de la mort pour les ennemis" mais reste "porteur d'un message de grandeur pour l'humanité", selon les mots utilisés par le président iranien. Et ce lundi, son ministre de la Défense a inauguré les lignes d'assemblage des deux vedettes rapides   , "Seraj" et "Zolfagar" (lire l'encadré) qui peuvent être équipées de lanceurs de missiles et déployées pour des missions de patrouille ou des opérations d'attaque.

 

Un phénomène cyclique

 

Cette vague d'annonces liées à son programme nucléaire ou à son arsenal militaire n'est pas la première pour Téhéran. Au cours de l'été 2008, par exemple, l'Iran procédait à une série de tirs de missiles dont l'un, de longue portée, avait les capacités d'atteindre le Golfe, Israël et une partie de l'Europe. Interrogé par LEXPRESS.fr,Bruno Tertrais, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique et chercheur associé au CERI, décryptait cette série: "L'Iran veut montrer qu'il est prêt en cas de confrontation militaire   ". 

Thierry Coville, spécialiste de l'Iran à l'IRIS, estime que ces récentes sorties "qui relève de la rhétorique national-populiste relèvent de la guerre de communication" à l'égard en particulier d'Israël et des Etats-Unis. "En réalité, l'Iran est loin d'être surarmé par rapport à d'autres pays. La part de l'armement et de l'armée dans le PIB iranien n'est pas extraordinaire. Téhéran distribue même assez facilement les exemptions pour le service militaire en ce moment." 

Le régime iranien a aussi tendance à vouloir jouer sur la corde de la fierté nationale   , comme ce fut le cas en février 2009, avec des avancées dans le domaine de la conquête spatiale. Cette fois, Téhéran insiste sur l'étiquette made in Iran que portent son nouveau drone et ses futures vedettes. Le drone en particulier constitue le "symbole du progrès de l'industrie de défense de l'Iran", selon le ministre de la Défense Ahmad Vahidi. 

Pour Thierry Coville, cet aspect est essentiel: "L'Iran veut diminuer sa dépendance en matière d'équipement. Cela coûte plus cher de produire que d'importer, mais il a les ressources humaines pour cela, des nombreux étudiants poursuivent des carrières scientifiques et l'Iran compte de brillants ingénieurs, y compris dans le domaine nucléaire." 

Et de poursuivre: "La République islamique d'Iran repose sur une importante industrie de défense et les forces puissantes des Gardiens de la Révolution et l'armée, avec sa force extrême, peuvent assurer la sécurité dans le Golfe persique, en mer d'Oman et dans le détroit d'Ormuz". Des références qui n'ont rien de fortuit. Car, par ces démonstrations de force et par son discours, Téhéran veut "être traité avec les égards dus à une puissance régionale   ", rappelait Vincent Hugeux, grand reporter du service Monde de l'Express, dans un chat avec les internautes de LEXPRESS.fr. 

 

Pourquoi maintenant?

 

L'Iran n'est pas insensible aux dates anniversaires ou à l'organisation de semaines spéciales... Cette vague précède d'ailleurs de peu la "semaine du gouvernement"   au cours de laquelle Téhéran met en avant ses dernières avancées technologiques. D'autres annonces pourraient donc suivre. 

Annonces qui permettent aussi d'occuper l'espace médiatique  , alors justement que l'on parle de l'Iran à cause de deux autres sujets: la condamnation à mort par lapidation de Sakineh Mohammadi-Ashtiani et le sort de trois Américains détenus depuis un an et qui font l'objet d'une enquête pour d'éventuelles actions contre la sécurité nationale. 

Plus important sans aucun doute, cette vague ne peut être dissociée du contexte diplomatique et des efforts internationaux pour renforcer les sanctions   à l'encontre de Téhéran, dont le programme nucléaire est soupçonné de dissimuler des visées militaires. Pour arriver en position de force à la table des discussions, et face aux Occidentaux qui n'excluent pas totalement la possibilité d'un recours à la force, l'Iran multiplie les démonstrations à but dissuasif. "Nous ne permettrons pas à une bande de criminels de créer l'insécurité. Ils [les Américains et les Israéliens, ndlr] ont dit que toutes les options étaient sur la table. Eh bien, nous disons aussi que toutes les options sont sur la table", a prévenu Mahmoud Ahmadinejad.

 

Mais en dépit de ce vocabulaire belliqueux, "les deux parties savent que la prochaine étape devrait être un nouveau round de discussions plutôt qu'une attaque militaire imminente", estime le Time. Attaque occidentale (venant des Etats-Unis ou d'Israël, selon des rumeurs qui occupent en ce moment la presse américaine) en laquelle la revue Foreign Policy ne croit pas: "Si étincelle il y a, c'est l'Iran qui en sera l'auteur, par un acte de terrorisme, le soutien aux insurgés en Irak ou en Afghanistan, ou par une provocation militaire dans le Golfe". 

Le Washington Post note enfin que Téhéran a étrangement peu célébré le lancement de la centrale nucléaire. Ainsi, le président iranien s'est-il abstenu d'assister à l'inauguration de ce site supervisé par l'AIEA et la Russie. Site qui ne représente pas de risque de prolifération, ont estimé samedi les Etats-Unis. La preuve, selon le quotidien américain citant un conseiller iranien, que Téhéran sait parfois faire "profil bas". Parfois seulement.

 

24 · 08

choc

Illusion d'un monde unique

Les nouveaux symptômes du choc des civilisations


Qu'ont en commun les controverses entourant le projet de construction d'une mosquée à deux pâtés de maisons de Ground Zero, l'expulsion du Maroc de missionnaires américains en début d'année, l'interdiction des minarets en Suisse l'année dernière et la récente interdiction du port de la burqa en France ?

Ces quatre événements sont présentés par les médias occidentaux comme des problèmes de tolérance religieuse. Or ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Ce sont en réalité des symptômes de ce que Samuel Huntington - 1927-2008 - , professeur à Harvard, appelait le " choc des civilisations ", et notamment celui entre islam et Occident. Pour ceux qui ne se souviennent que du côté frappant de la formule, il est utile de rappeler brièvement l'argumentation d'Huntington. Le monde de l'après-guerre froide était composé, expliquait-il, de grands blocs représentant sept ou huit civilisations historiques, parmi lesquelles les cultures occidentale, musulmane et confucéenne étaient prédominantes. L'équilibre des forces entre ces blocs, écrivait-il, est en train de changer. L'Occident décline en termes de pouvoir relatif, l'islam explose démographiquement et les civilisations asiatiques - notamment la Chine - sont en pleine ascension économique. Huntington expliquait aussi que l'on assiste actuellement à l'émergence d'un ordre mondial fondé sur les civilisations dans lequel les Etats qui partagent des affinités culturelles coopéreront entre eux et se regrouperont autour des Etats les plus puissants de leur civilisation. Les prétentions universalistes de l'Occident l'amènent de plus en plus à entrer en conflit avec d'autres civilisations, les plus graves désaccords étant ceux l'opposant à l'islam et à la Chine. Aussi la survie de l'Occident dépend-elle de la volonté des Américains, des Européens et des autres Occidentaux de réaffirmer le caractère unique de leur civilisation occidentale - et de s'unir pour la défendre contre sa remise en cause par des cultures non occidentales.

Le modèle d'Huntington, notamment après la chute du communisme, n'était guère populaire. L'idée en vogue était celle du titre de l'essai écrit en 1989 par Francis Fukuyama, The End of History and the Last Man (La Fin de l'histoire et le dernier homme, Flammarion, 1992), selon lequel l'ensemble des Etats finiraient par converger autour de la norme institutionnelle unique de la démocratie capitaliste libérale et ne se feraient plus jamais la guerre. Le pendant conservateur de ce scénario optimiste était le monde " unipolaire " où régnerait l'hégémonie incontestée des Etats-Unis. Ces deux visions nous promettaient un Monde unique. Le président Obama, à sa façon, croit en un Monde unique. Dans le discours qu'il a prononcé au Caire en 2009, il appelait à une nouvelle ère de compréhension entre l'Amérique et le monde musulman. Il évoquait un monde fondé sur " le respect mutuel et (...) sur la vérité selon laquelle l'Amérique et l'islam ne sont pas contradictoires et ne doivent pas rivaliser. Au contraire, ils partagent des principes communs ". Le président américain espérait que les musulmans modérés s'empresseraient d'accepter cette main tendue. Il ne resterait plus alors qu'à éliminer la minorité extrémiste, telle qu'Al-Qaida. Bien entendu, les choses ne se sont pas déroulées comme prévu. Et le comportement récent de la Turquie constitue une illustration parfaite de la futilité de cette approche et de la supériorité du modèle d'Huntington. Selon la vision du Monde unique, la Turquie est un îlot de modération musulmane dans un océan d'extrémisme. C'est sur la base de cette analyse que plusieurs présidents américains successifs ont pressé l'Union européenne d'accepter d'intégrer la Turquie dans ses rangs.

Cette illusion vient de voler en éclats. Il y a un an, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan félicitait pour sa réélection l'Iranien Mahmoud Ahmadinejad, qui n'avait conservé la présidence que grâce à une fraude manifeste. Puis la Turquie se rangea aux côtés du Brésil pour entraver les efforts américains visant à renforcer les sanctions imposées par l'ONU pour stopper le programme nucléaire iranien. Tout récemment enfin, la Turquie a sponsorisé la " flottille humanitaire " destinée à briser le blocus israélien de Gaza et à offrir au Hamas une victoire sur le plan des relations publiques. Certes, il reste à Istanbul des laïques qui continuent de révérer l'héritage d'Atatürk. Mais ils ne contrôlent aucun des ministères clés et l'emprise qu'ils exerçaient sur l'armée est en train de s'effriter. Aujourd'hui à Istanbul, on évoque ouvertement une " alternative ottomane " qui renvoie à l'époque où le sultan régnait sur un empire s'étendant de l'Afrique du Nord au Caucase. Si l'on ne peut plus compter sur la Turquie pour se rapprocher de l'Occident, vers quel autre pays du monde musulman peut-on se tourner ? Tous les pays arabes sauf l'Irak - une démocratie précaire créée par les Etats-Unis - sont dirigés par des despotes de tout acabit. Et les groupes d'opposition qui bénéficient d'un soutien significatif parmi les populations locales sont tous dirigés par des organisations islamistes, telles que les Frères musulmans égyptiens.

En Indonésie et en Malaisie, les mouvements islamistes réclament la généralisation de la charia. En Egypte, le temps d'Hosni Moubarak est compté. Et si les Etats-Unis soutiennent l'installation de son fils à la présidence, le reste du monde musulman aura tôt fait d'accuser l'administration Obama d'adopter deux poids, deux mesures - si l'on procède à des élections en Irak, pourquoi ne pas en organiser en Egypte ? Or en cas d'élections libres et transparentes, une victoire des Frères musulmans n'est pas à exclure. Algérie, Somalie, Soudan ? Il est difficile de citer un seul Etat à majorité musulmane qui se comporte en accord avec le scénario du Monde unique.

Le plus grand avantage du modèle huntingtonien des relations internationales est qu'il reflète le monde tel qu'il est, et non tel que nous aimerions qu'il fût. Il nous permet de distinguer nos amis de nos ennemis. Et il nous aide à identifier les conflits internes aux différentes civilisations, en particulier la rivalité historique entre Arabes, Turcs et Perses pour la domination du monde islamique. Diviser pour régner ne peut pourtant pas constituer notre seule politique. Nous devons prendre conscience que la progression de l'islam radical résulte pour une bonne part d'une puissante campagne de propagande. D'après un rapport de la CIA rédigé en 2003, les Saoudiens ont investi durant trois décennies au moins 2 milliards de dollars par an pour propager leur version fondamentaliste de l'islam. La réaction de l'Occident pour promouvoir sa propre civilisation a été négligeable.

Notre civilisation n'est pas indestructible : elle doit être activement défendue. C'est la principale leçon d'Huntington. Le premier pas pour remporter la victoire dans ce choc des civilisations est de comprendre la façon dont la partie adverse mène son combat - et de nous débarrasser de l'illusion du Monde unique.

Ayaan Hirsi Ali  

Ancienne députée néerlandaise

25 · 06

« Israël-Gaza : Il faut sauver le soldat Shalit »

Pourquoi tant d’émotion autour du soldat Shalit ? N’est-ce pas le lot des guerres de produire des prisonniers de guerre et le jeune caporal tankiste, enlevé en juin 2006, n’est-il pas un prisonnier parmi d’autres ? Eh bien non, justement. Car il y a des conventions internationales, déjà, qui régissent le statut des prisonniers de guerre et le seul fait que celui-ci soit au secret depuis quatre ans, le fait que la Croix-Rouge, qui rend régulièrement visite aux Palestiniens dans les prisons israéliennes, n’ait jamais pu avoir accès à lui, est une violation flagrante du droit de la guerre. Mais, surtout, surtout, il ne faut pas se lasser de répéter ceci : Shalit n’a pas été capturé dans le feu d’une bataille mais au cours d’un raid, opéré en Israël et alors qu’Israël, ayant évacué Gaza, était en paix avec son voisin ; dire prisonnier de guerre, en d’autres termes, c’est estimer que le fait qu’Israël occupe un territoire ou qu’il mette un terme à cette occupation ne change rien à la haine qu’on croit devoir lui vouer ; c’est accepter l’idée selon laquelle Israël est en guerre même quand il est en paix ou qu’il faut faire la guerre à -Israël parce que Israël est Israël ; et si l’on n’accepte pas cela, si l’on refuse cette logique qui est la logique même du Hamas et qui, si les mots ont un sens, est une logique de guerre totale, alors il faut commencer par changer complètement de rhétorique et de lexique. Shalit n’est pas un prisonnier de guerre mais un otage. Son sort est symétrique de celui, non d’un prisonnier palestinien, mais d’un kidnappé contre rançon. Et il faut le défendre, donc, comme on défend les otages des FARC, des Libyens, des Iraniens – il faut le défendre avec la même énergie que, mettons, Clotilde Reiss ou Ingrid Betancourt.

Otage ou prisonnier, peu importe : pourquoi tant de tintouin au sujet d’un homme seul ? pourquoi cette focalisation sur un individu « sans importance collective », un homme « fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui » ? Eh bien parce que Shalit n’est précisément pas n’importe qui – et qu’il lui arrive ce qui arrive parfois, dans les champs à haute tension de l’Histoire universelle, à des individus que rien n’y prédispose et qui deviennent, soudain, les capteurs de cette tension, les attracteurs de la foudre qui en émane, les points de rencontre des forces qui, dans une situation déterminée, convergent et s’opposent. Les dissidents de l’ère communiste étaient dans ce cas. Ou tels persécutés chinois ou birmans d’aujourd’hui. Ou, hier, telle humble figure bosniaque qu’une concentration sans égale d’adversités hissait au-dessus d’elle-même en en faisant une sorte d’élu à rebours. Ainsi de lui, Gilad Shalit. Ainsi de cet homme au visage d’enfant qui incarne, bien malgré lui, la violence sans fin du Hamas ; l’impensé exterminateur de ceux qui le soutiennent ; le cynisme de ces « humanitaires » qui, comme sur la flottille de Free Gaza, ont refusé de se charger d’une lettre de sa famille ; ou encore ce deux poids et deux mesures qui fait qu’il ne jouit pas du même capital de sympathie que, justement, une Betancourt. Un Franco-Israélien vaut-il moins qu’une Franco-Colombienne ? Est-ce le signifiant Israël qui suffit à le dégrader ? D’où vient, pour être précis, qu’il n’ait pas vu son portrait accroché, à côté de celui de l’héroïque Colombienne, sur la façade de l’Hôtel de Ville de Paris ? Et comment expliquer que, dans le parc du 12e arrondissement où il a fini par être exposé, il soit si régulièrement, et impunément, vandalisé ? Shalit, le symbole. Shalit, comme un miroir.

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25 · 06

Le débat stratégique divise la Maison-Blanche et l'armée

Le débat stratégique divise la Maison-Blanche et l'armée
Par Laure Mandeville / lefigaro.fr 
23/06/2010 

Les mauvaises nouvelles venues du front, ces derniers jours, ont ravivé le conflit qui oppose les partisans de la «contre-insurrection» aux avocats de «contre-terrorisme».
 
L'affaire McChrystal met en évidence le débat qui n'en finit pas de diviser la direction américaine sur l'Afghanistan. Après avoir battu son plein à l'automne 2009, pendant la mise à plat stratégique menée par l'équipe de Barack Obama, il a rebondi ces derniers jours, à mesure que les mauvaises nouvelles parvenaient du front afghan. Ce débat oppose deux approches. D'un côté, les partisans de la «contre-insurrection», de l'autre ceux qui préconisent le «contre-terrorisme».
Depuis le succès de l'opération irakienne, les avocats de la contre-insurrection ont le vent en poupe au Pentagone. Regroupés derrière le secrétaire à la Défense, Robert Gates, le chef d'état-major, Michael McMullen, et le général David Petraeus, ils préconisent une stratégie ambitieuse dont le but n'est pas de tuer les «méchants» mais de sécuriser les populations en leur apportant la sécurité, avec la reconstruction économique et politique. L'idée centrale de cette stratégie largement inspirée de la «contre-insurrection» française en Algérie est qu'il est indispensable de «gagner la bataille des cœurs» pour isoler les insurgés talibans. Elle suppose un investissement massif en hommes et en moyens civils; mais aussi une persévérance dans le temps. La secrétaire d'État Hillary Clinton a défendu bec et ongles ce camp-là, apportant son soutien à McChrystal. L'autre camp, emmené par le vice-président Joe Biden, l'ambassadeur américain à Kaboul, Eikenberry, et le chef de l'Administration présidentielle, Rahm Emanuel, affirme que la contre-insurrection est en train de piéger l'Amérique dans une guerre sans fin. Pour Biden, cette stratégie est condamnée parce que l'ingrédient central de son succès - un gouvernement local fiable sur lequel s'appuyer pour la reconstruction civile - fait défaut. Le vice-président préconise donc de retirer progressivement le contingent américain et de garder sur place une force réduite capable de mener des opérations contre-terroristes à l'aide de drones et de forces spéciales contre les bases d'al-Qaida en Afghanistan et au Pakistan. Bien sûr, McChrystal n'a jamais exclu cet aspect-là de la guerre afghane, mais il a toujours affirmé qu'il ne pourrait suffire. Un retrait américain précipité entraînerait un retour en force des talibans et d'al-Qaida à Kaboul, avertissent les militaires.
Le président avait tenté de réconcilier les approches en acceptant le principe de la contre-insurrection mais en la limitant dans le temps. Pour lui, annoncer la date de l'été 2011 pour le début d'un retrait était une manière de mettre la pression sur ses militaires ainsi que sur une armée afghane censée prendre peu à peu le relais. Mais ce compromis n'a fait qu'attiser les craintes d'un départ précipité.
3 · 06

Les drones dans le collimateur de l'ONU

Les drones dans le collimateur de l'ONU
LEMONDE.FR avec AFP et AP | 03.06.10 | 

Craignant l'enracinement d'une "mentalité de Playstation", Philip Alston, rapporteur des Nations unies pour les exécutions extrajudiciaires, a lancé mercredi un appel à l'arrêt des opérations que la CIA mène à l'aide de drones contre les extrémistes islamistes. Le recours aux avions sans pilote et à leurs missiles n'est, selon lui, justifiable que dans le cas où les individus visés ne peuvent être capturés et doit être réservé à l'armée régulière, dans le respect des lois de la guerre.

Les drones Predator et Reaper utilisés par la CIA au Pakistan et en Afghanistan ont fait "plusieurs centaines de morts", dont de nombreux civils, écrit-il dans un rapport de 29 pages qui doit être présenté jeudi au Conseil des droits de l'homme de l'ONU. Les Etats-Unis font partie des 47 Etats membres du Conseil.

"Les agences de renseignement, qui, par définition, n'ont pas à rendre de comptes, hormis à leurs commanditaires, n'ont pas à piloter des programmes destinés à tuer des gens dans des pays étrangers", explique Philip Alston. "Comme les opérateurs se trouvent à des milliers de kilomètres du champ de bataille et qu'ils opèrent uniquement sur des écrans d'ordinateur (...), une mentalité de la "Playstation risque de s'installer en matière d'élimination", ajoute-t-il, évoquant la console de jeu de Sony. "Les frappes de drones sont essentielles", estime pour sa part Bruce Riedel, ancien officier de la CIA et à la Brookings Institution.

UN MILLIER DE PERSONNES TUÉES PAR LES DRONES DEPUIS 2008

Al-Qaida a annoncé mardi la mort de son chef en Afghanistan, l'Egyptien Moustafa Abou al-Yazid, considéré comme le numéro trois du réseau d'Oussama Ben Laden. Les zones tribales pakistanaises, frontalières avec l'Afghanistan, sont un bastion des talibans pakistanais alliés à Al-Qaida, le principal sanctuaire du réseau d'Oussama Ben Laden, et une base arrière des talibans afghans. La CIA y a considérablement intensifié, ces deux dernières années, sa campagne de tirs de missiles par ses drones. Depuis août 2008, 105 attaques de drones américains ont tué près d'un millier de personnes dans les zones tribales, selon les militaires pakistanais.

En mars, le conseil juridique du département d'Etat américain Harold Koh estimait devant l'association américaine du droit international (ASIL), que les pratiques ciblées conduites à l'aide de drones, étaient "conformes au droit de la guerre". L'administration a "revu avec soin", a-t-il dit, les procédures de désignation des cibles pour s'assurer qu'elles étaient en accord avec le droit international.
1 · 06

de si paisibles ONG...

1 · 06

Manuel de San Remo sur le droit international applicable aux conflits armés en mer

 31-12-1995  
Revue internationale de la Croix-Rouge no 816, p.649-694 
Manuel de San Remo sur le droit international applicable aux conflits armés en mer
Texte complet. Préparé par des juristes internationaux et des experts navals réunis par l'Institut international de droit

Navires de commerce neutres

67. Les navires de commerce battant pavillon neutre ne doivent pas être attaqués sauf:

a) si l'on peut raisonnablement croire qu'ils transportent de la contrebande ou qu'ils violent un blocus, et si, après sommation préalable, ils refusent clairement et intentionnellement de stopper ou s'opposent clairement et intentionnellement à toute visite, perquisition ou capture;

b) s'ils mènent des actions militaires pour le compte de l'ennemi;

c) s'ils se comportent en auxiliaires des forces armées ennemies;

d) s'ils sont intégrés ou collaborent au système de renseignements ennemi;

e) s'ils naviguent en convoi sous la protection de navires de guerre ou d'aéronefs militaires ennemis; ou

f) s'ils contribuent effectivement, de toute autre manière, à l'action militaire ennemie, par exemple en transportant du matériel militaire, et si les forces attaquantes ne sont pas en mesure de permettre aux navires de commerce de placer d'abord les passagers et l'équipage dans un endroit sûr. A moins que les circonstances ne le permettent pas, on doit leur envoyer un avertissement, afin qu'ils puissent modifier leur route, décharger leur cargaison ou prendre d'autres précautions.

1 · 06

les deux erreurs de l'IDF (Ron Ben Yishai)

Gaza : un journaliste israélien pointe les "deux erreurs" de l'armée
Le journaliste israélien Ron Ben Yishai vient de publier un récit très complet de l'assaut mené ce matin par la marine israélienne contre la flottille pro-palestinienne, au cours duquel sans doute près de vingt personnes ont été tuées. On peut le lire ici en version anglaise. Ron Ben Yishai, qui travaille pour le grand quoditien Yedioth Aharonoth, s'appuie sur des sources militaires. Il est l'un des journalistes les mieux informés de son pays sur les affaires militaires. Ron Ben Yishai est l'un des héros du film d'animation "Valse avec Bachir" - on le voit entrer dans les camps de Sabra et Chatila.

En conclusion de son article - qui n'est qu'une version des faits - il pointe les deux erreurs commises par Tsahal. "L'erreur dans la planification de l'opération a été d'estimer que les passagers [du cargo Marmara] étaient vraiment des militants politiques et des membres de groupes humanitaires qui cherchaient une provocation politique, mais n'utiliseraient pas la violence brutale. Les militaires pensaient qu'ils auraient à faire face à une violence dans le style de Bilin [un village palestinien qui proteste pacifiquement contre la construction du mur de séparation]. A la place, ils ont eu Bangkok [référence aux récents évènements violents dans la capitale thaïlandaise]. Les forces qui ont débarquées des hélicoptères étaient peu nombreuses, à peine quelques douzaines, pas assez pour contenir un groupe important qui les attendait." Selon le journaliste, les commandos étaient équipés d'armes non-léthales lorsqu'ils sont arrivés sur le pont du bateau, par corde lisse. Devant la dégradation de la situation (deux blessés graves dans leur rang), ils ont obtenus l'autorisation d'ouvrir le feu avec leurs armes de poing.
L'assaut a été mené par la Shayetet 13 (13ème flottille), qui regroupe les commandos de la Marine israélienne.
"La seconde errteur provient du fait que les commandeurs n'ont pas pris assez au sérieux le fait qu'un groupe d'hommes attendaient les soldats sur le pont supérieur. L'auraient-ils pris au sérieux, ils auraient tirés des grenades lacrymogènes et fumigènes depuis l'hélicoptère pour créer un écran de fumée qui leur aurait permis de remplir leur mission, sans que les combattants tombent juste entre les mains des émeutiers, qui les attaquaient sévèrement".
Mauvaise évaluation de la situation, erreur tactique - tout était réuni pour le fiasco et le drame.
Ci-joint lien vers l'article de Ben Yishai : http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3896796,00.html 


24 · 05

Compromis russo-américains sur l'Iran

Compromis russo-américains sur l'Iran

Washington a fait des concessions pour obtenir le soutien de Moscou aux Nations unies. 

Les résolutions onusiennes sont généralement le résultat d'infinis marchandages entre les pays membres du Conseil de sécurité enclins à vouloir protéger leurs intérêts particuliers. Celle qui vise à imposer unquatrième volet de sanctions à l'Iran, actuellement négociée à New York, n'échappe pas à la règle. Une lacune volontaire dans le texte révèle une importante concession faite par l'Administration Obama à la Russie : les sanctions contre les armes ne concerneront pas la vente de missiles S-300 russes à l'Iran. Cette clarification a été faite ces derniers jours par Moscou et par Washington.

Selon le texte, l'embargo concerne huit catégories d'armes conventionnelles, incluant «missiles et systèmes de missiles tels que définis par le registre des armes conventionnelles de l'ONU». Or, si ce registre inclut les systèmes de défense de missiles sol-sol et air-sol, en revanche les systèmes sol-air tels que les S-300 n'en font pas partie. Le texte appelle juste à «la vigilance et la restriction  » en ce qui concerne les «autres armes».

La Russie, un «vendeur responsable»  

Les Russes avaient négocié ce contrat de vente évalué à des centaines de millions de dollars en 2005 avec l'Iran. Depuis, ils avaient évoqué toutes sortes de raisons pour ne pas remplir leurs obligations. L'Administration Obama veut croire que si le Kremlin n'a jamais franchi le pas, c'est qu'il est digne de confiance. «La Russie a amélioré son attitude vis-à-vis de l'Iran», a déclaré le porte-parole du département d'État, James Crowley. Le sénateur russe Mikhaïl Marguelov a, quant a lui, insisté sur le fait que la Russie était un «vendeur responsable», «pas intéressé par la militarisation du Proche-Orient».

Cette même Russie, dont plusieurs entreprises ont pourtant été accusées ces dernières années de soutenir le programme nucléaire et le système de missiles iraniens, peut se targuer d'une autre victoire. Les États-Unis ont annoncé vendredi - trois jours seulement après le lancement officiel des consultations sur l'Iran - la levée des sanctions américaines contre quatre de ces entreprises. En janvier déjà, deux autres avaient bénéficié de la même mesure. Il s'agit du bras armé du Kremlin, Rosoboronexport, de deux instituts et d'un bureau de design. Le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, avait mis cette exigence sur la table à la dernière minute, alors qu'il avait déjà donné son feu vert au texte proposé par les Américains.

Les efforts de l'Administration Obama envers Moscou sont critiqués dans les deux camps politiques aux États-Unis, où l'on craint que les concessions aient des conséquences négatives plus graves que la résolution n'aura d'effets positifs sur l'Iran, si elle passe. L'ambassadeur à l'ONU sous George Bush, John Bolton, se demande «quels autres compromis» la Russie a-t-elle réussi à imposer à une Administration Obama manifestement «désespérée» .

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